Publié le 17 juillet 2026 · Mis à jour le 18 juillet 2026
Entrez dans les archives des restaurants Eaton’s, ces salles à manger de grand magasin qui transformaient une sortie au centre-ville en véritable événement. De l’ascenseur express jusqu’au Neuvième étage, en passant par les comptoirs-lunch où les clients mangeaient sur le pouce entre deux rayons, Eaton’s a nourri des générations de Canadiens, au même titre que les vêtements et les articles ménagers. Cet article retrace cette histoire, du premier magasin de nouveautés de Timothy Eaton jusqu’à la fermeture de la dernière salle à manger, avec les plats qui méritent encore d’être recréés.
J’ai grandi dans une banlieue de Montréal, et une sortie au centre-ville était toujours un événement spécial. Ma mère et moi magasinions chez Simpson’s, Morgan’s (devenu La Baie plus tard) et Eaton’s, et les trois magasins avaient leurs propres camions de livraison, ce qui nous évitait de traîner nos sacs jusqu’au train.
C’était avant le métro, alors la livraison gratuite n’était pas un luxe, mais une nécessité. La journée menait toujours vers l’un des deux grands moments pour moi : un dîner au comptoir ou à table chez Eaton’s ou chez La Baie, ou un arrêt à l’une des deux succursales de Murray’s, juste en face d’Eaton’s ou de Simpson’s.

C’est chez Morgan’s que j’ai eu le coup de foudre pour un biscuit que je n’ai mangé qu’une poignée de fois, un macaron aux amandes tellement bon qu’il est toujours sur ma liste à recréer. Chez La Baie, on mangeait habituellement à la cafétéria du septième étage. Chez Eaton’s, la plupart de nos dîners se prenaient dans l’un des comptoirs-lunch, et honnêtement, je ne me souviens plus exactement duquel, éclipsé par la visite qui comptait plus que toutes les autres : le Neuvième étage.
On prenait un ascenseur express droit vers le haut, avec un liftier sympathique qui annonçait l’étage, et on entrait dans une salle qui ne ressemblait à rien d’autre dans le magasin. Je me souviens des muffins au germe de blé, que j’ai depuis recréés (voir la recette copiée des muffins au germe de blé d’Eaton’s), et d’un gâteau aux pommes monté comme un mille-feuille, dont les deux étages du haut étaient faits de pommes et d’une pâte saupoudrée de sucre à glacer, toujours sur ma liste à recréer. Mon plat principal était toujours le même : un fantastique pâté de poulet garni de légumes.
La journée se terminait toujours à la Gare centrale, où ma mère m’achetait une tablette de chocolat ou une petite voiture pour le trajet du retour. Les tablettes de chocolat étaient une gâterie hebdomadaire chez nous, sauf, semble-t-il, dans le train du retour d’Eaton’s.
Une révolution du commerce de détail sur la rue Yonge
L’histoire commence en 1869, quand Timothy Eaton, un immigrant venu de ce qui est aujourd’hui l’Irlande du Nord, ouvre un petit magasin de nouveautés au 178, rue Yonge, à Toronto. À l’époque, faire ses achats signifiait marchander le prix de chaque article, généralement à crédit.
Eaton introduit quelque chose de radical : des prix fixes, des ventes au comptant, et une promesse tissée dans l’identité même de l’entreprise, « Satisfaction garantie ou argent remis ». À mesure que l’entreprise grandit, Eaton déménage vers un magasin phare plus grand au 190, rue Yonge, en 1883, un magasin qui éblouit les clients par ses lumières électriques, ses vastes vitrines et son premier ascenseur commercial de Toronto.

Les grandes salles à manger canadiennes
À mesure qu’Eaton’s se déploie à travers le pays au vingtième siècle, l’entreprise comprend qu’une bonne table garde les clients dans le magasin plus longtemps. Des salles à manger élégantes et des cafétérias animées s’installent dans les grands magasins, et le dîner devient un rituel à part entière.
La Grill Room de Winnipeg : quand le magasin de l’avenue Portage ouvre en 1905, sa Grill Room au cinquième étage, avec ses lustres, ses tapis épais et ses murs lambrissés, devient un carrefour social de la ville. Elle entretient aussi une tradition saisonnière : des menus du souper de l’Action de grâce subsistent depuis 1916, quand un dollar payait une dinde du Manitoba farcie et rôtie, un oison rôti nourri au céleri, et un pouding aux prunes à l’anglaise nappé de sauce aux épices. En 1931, la table de l’Action de grâce à la Grill Room se terminait encore par un pouding aux fruits cuit à la vapeur avec une sauce dure, un dessert que les clients de Murray’s reconnaîtraient bien.
Le Neuvième étage de Montréal (Le 9e) : ouverte dans le magasin de la rue Sainte-Catherine, cette salle à manger Art déco, dessinée par l’architecte français Jacques Carlu et inspirée du Grand Salon du paquebot Île-de-France, était l’endroit par excellence pour le dîner et le thé de l’après-midi à Montréal. J’ai déjà raconté son histoire complète ailleurs : lisez-en davantage (en anglais) dans notre article sur le restaurant du Neuvième étage d’Eaton’s à Montréal.

La Georgian Room et la Round Room de Toronto : au début des années 1920, Lady Flora McCrea Eaton, épouse du président John Craig Eaton, dirige les efforts visant à bâtir une salle à manger digne du magasin phare de la rue Queen. Inspirée par le Georgian Restaurant du grand magasin Harrods à Londres, elle dessine la Georgian Room avec des lustres en cristal taillé et des chaises de velours bleu, et embauche la diététicienne Violet Ryley, diplômée de la Lillian Massey School of Household Science de Toronto, pour bâtir le menu.
La salle ouvre le 10 mars 1924, servant des dîners, des thés de l’après-midi et des soupers, avec des défilés de mode présentés chaque jour entre les tables. Lady Eaton supervisera plus tard la Round Room du magasin de la rue College, une autre création de Carlu, offrant un service de nappes blanches et de la musique de piano en direct.
Plats emblématiques et traditions de l’après-midi
Les cuisines des différentes salles à manger d’Eaton’s misaient sur la qualité, la régularité et le réconfort. Les menus changeaient d’un magasin à l’autre et d’une décennie à l’autre, mais une poignée de plats revient sans cesse dans les menus comme dans les souvenirs :
- Pâté au poulet : servi chaud dans un plat individuel, garni de poulet et de légumes sous une croûte dorée. C’était un plat signature dans plusieurs salles à manger d’Eaton’s, dont celle du Neuvième étage, même si la version dont on parle le plus aujourd’hui est celle de l’Arcadian Court de Simpson’s, juste en face, preuve de la concurrence féroce que se livraient les grands magasins pour le dîner à cette époque.
- Muffins au germe de blé : un classique de la maison au Neuvième étage, denses et légèrement noisettés, le genre de plat qu’on n’apprécie vraiment qu’une fois disparu. J’ai déjà recréé la recette originale : voir la recette copiée des muffins au germe de blé d’Eaton’s.
- Gâteau aux pommes en mille-feuille : des étages de pâte surmontés de pommes et saupoudrés de sucre à glacer, un dessert aussi beau que bon. Voici ma recette.
- Thé de l’après-midi : en fin de journée, les salles à manger se remplissaient de clients qui reposaient leurs pieds devant des théières, de petits sandwichs et des scones à la crème.
Un héritage de gâteries sucrées
Aucune visite chez Eaton’s n’était complète sans dessert, et les comptoirs de pâtisserie et les fontaines à soda étaient réputés pour leurs desserts.
| Gâterie | Description | Pourquoi on l’aimait tant |
|---|---|---|
| Gâteau rouge velours | Gâteau écarlate en étages avec glaçage au fromage à la crème | Si populaire que la Georgian Room a ouvert un comptoir dédié au rez-de-chaussée pour le vendre à emporter |
| Sundae au caramel écossais | Crème glacée à la vanille nappée d’une sauce au caramel chaude et beurrée | Une récompense préférée des enfants qui visitaient le rayon des jouets |
| Muffins au germe de blé | Muffins denses et noisettés servis au Neuvième étage | Maintenant recréés sur Le Pro du Déjeuner, voir la recette ci-dessus |
| Pouding aux fruits cuit à la vapeur | Pouding aux fruits chaud et dense, servi avec une sauce dure | Un classique de l’Action de grâce sur les menus de la Grill Room jusque dans les années 1930 |

Le catalogue Eaton’s et la table de cuisine
Pendant que les citadins mangeaient dans les grandes salles à manger, les Canadiens des régions rurales découvraient la marque grâce à son catalogue de vente par correspondance, surnommé le « Wish Book ». Publié pour la première fois en 1884, ce catalogue devient un incontournable des tables de cuisine à travers les Prairies et les villages côtiers, et au-delà des vêtements et des outils, il apportait des chaudrons en fonte, des moules à pâtisserie et des batteurs à œufs à manivelle dans des foyers qui n’ont jamais vu une salle à manger du Neuvième étage.
Des goûts qui changent et le dernier chapitre
Dans les années 1970 et 1980, les centres commerciaux de banlieue et la restauration rapide détournaient de plus en plus de clients de la restauration formelle des grands magasins. La Georgian Room de Toronto ferme ses portes la veille de Noël 1976, alors que le magasin d’origine est démoli pour faire place à l’Eaton Centre. La pression ne se relâche jamais vraiment, et après des décennies de concurrence dans le commerce de détail, la Compagnie T. Eaton déclare faillite en 1999.
Les grands magasins ont disparu, mais la nourriture n’est pas entièrement perdue. Le Neuvième étage de Montréal a été restauré et rouvert comme lieu culinaire patrimonial, et les recettes dont on se souvient, le pâté au poulet, les muffins au germe de blé et le gâteau aux pommes du Neuvième étage, méritent encore qu’on parte à leur recherche.
Pour voir comment la décision de 1975 de commencer à fermer les salles à manger s’est déroulée, regardez (en anglais) Eaton’s Dining Rooms: The 1975 Decision That Killed Them.
Restaurants Eaton’s Questions fréquentes
Quels étaient les restaurants d’Eaton’s ?
Les restaurants Eaton’s étaient les salles à manger et cafétérias intégrées aux grands magasins de la Compagnie T. Eaton à travers le Canada, de la Grill Room de Winnipeg au Neuvième étage de Montréal en passant par la Georgian Room de Toronto. Ils allaient d’une restauration formelle à nappes blanches jusqu’aux dîners rapides au comptoir, et ont fait partie pendant des décennies du rituel du magasinage.
Que servait-on au menu des salles à manger d’Eaton’s ?
Le pâté au poulet était un plat signature dans plusieurs succursales, aux côtés des muffins au germe de blé, du gâteau aux pommes en mille-feuille et d’un service complet de thé de l’après-midi, avec de petits sandwichs et des scones. Les menus saisonniers, comme les soupers de l’Action de grâce à Winnipeg, ajoutaient de la dinde rôtie et du pouding aux fruits cuit à la vapeur avec une sauce dure.
Reste-t-il des restaurants Eaton’s ouverts aujourd’hui ?
Non. La Compagnie T. Eaton a déclaré faillite en 1999, et ses salles à manger, dont la Georgian Room de Toronto, ont fermé avec les magasins, certaines dès la veille de Noël 1976. Le Neuvième étage de Montréal fait figure d’exception : il a été restauré et rouvert comme lieu culinaire patrimonial, et son histoire complète est racontée (en anglais).
Peut-on encore préparer des recettes d’Eaton’s à la maison ?
Oui. Plusieurs plats signature ont été recréés, à commencer par les muffins au germe de blé du Neuvième étage, offerts en version complète. Le pâté au poulet et le gâteau aux pommes en mille-feuille du Neuvième étage sont aussi documentés ici, reconstitués à partir de menus d’époque et de souvenirs directs de ces salles à manger.

